L'affaire Moloch-Kazkaz
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L’AFFAIRE MOLOCH-KAZKAZ


1-2- L’AFFAIRE « MOLOCH-KAZKAZ » ET SES REBONDISSEMENTS RELATÉE DANS LA PRESSE


Où commence la fiction ? Le Point n° 1342, 6 juin 1998, p. 49


L’écrivain Thierry Jonquet se serait-il inspiré d’un fait divers non encore jugé ? Aurait-il eu accès à des pièces d’instruction confidentielles ? Le soupçon naît dans l’esprit d’une jeune avocate parisienne qui aime les polars, en lit beaucoup et confesse même un petit faible pour ceux de Thierry Jonquet, si haletants, si bien ficelés. Son dernier, « Moloch », du nom de ce monstre biblique qui dévore ses enfants, lui a pourtant laissé, une fâcheuse impression. Un petit air de familarité. Comme si elle avait déjà entendu cette histoire, pourtant peu commune.
Le livre narre un atroce fait divers, le délire d’une mère, Mariane, atteinte du syndrome de Munchausen.
Parce qu’elle ne peut supporter de voir sa fillette Valérie grandir et acquérir une certaine autonomie, elle va l’empoisonner à l’insuline, tout doucement, pour la maintenir en état de dépendance. Elle est aidée, en son crime minutieux, par son nouveau compagnon, un étudiant en médecinee algérien.
L’avocate, troublée par l’ouvrage évocateur, raconte l’intrigue à son confrère, Me Pierre-Olivier Sur. Celui-ci a moins d’hésitation sur l’inspiration de l’auteur : « Ce livre, c’est l’affaire Kazkaz, du nom de ma défunte cliente, soupçonnée d’avoir empoisonné sa fillette et jamais jugée, explique-t-il au Point. Le livre n’a pu être écrit qu’en ayant une parfaite connaissance du dossier de l’accusation. L’auteur se borne à changer quelques prénoms, lieux ou nationalités des personnages. »
Persuadé qu’il y a donc violation du secret de l’instruction, l’avocat de Liliane Kazkaz et de ses parents s’apprête à porter plainte. Trop de similitudes, trop de détails, trop d’accusations, surtout, qui « viennent salir la mémoire de ma cliente, morte trois semaines avant de comparaître pour empoisonnement et donc, à ce jour, présumée innocente ». L’auteur, Thierry Jonquet, se défend. Et fait savoir que l’affaire Kazkaz fut en son temps abondamment narrée dans la presse et appartient à ce titre au domaine public. Pas besoin, à l’en croire, d’aller violer le secret de l’instruction pour raconter la folie de Munchausen.


Le roman noir d’un dossier d’instruction

L’auteur, Thierry Jonquet, affirme s’être « fondé sur plusieurs histoires ». Pourtant, les familiers de l’affaire Kazkaz – un énigmatique empoisonnement à l’insuline – relèvent une multitude d’emprunts
Le Figaro, 2 juin 1998

Un écrivain peut-il s’inspirer d’un fait divers réel, jusqu’à accuser certains de ses acteurs, alors que la justice n’est pas rendue ? Moloch, de Thierry Jonquet, récemment publié dans la Série noire, est l’ouvrage par lequel arrive la polémique. Celui-ci, qui relate notamment l’une des histoires criminelles les plus sombres de la décennie, l’affaire Kazkaz, était diversement commenté ces dernières semaines dans les milieux judiciaires. Il pourrait faire prochainement l’objet de poursuites.
Le récit du dossier Kazkaz, en attente de jugement devant la cour d’assises de Paris, n’est pas le seul qui hante les 383 pages de Moloch. Mais il est celui qui a mis en alerte, dès sa parution, une poignée de magistrats et d’avocats connaissant bien l’affaire.
Thierry Jonquet y relate dans le détail la procédure mettant en scène Liliane et Haitham Kazkaz. En 1990, la jeune femme, aide-soignante, avait été accusée d’empoisonner progressivement, à l’insuline, Caroline, sa fille de 9 ans. Liliane Kazkaz aurait agit agi sous l’emprise d’un trouble psychiatrique baptisé « syndrome de Münchausen ». Celui-ci veut que la mère ne supporte pas que son enfant s’éloigne d’elle. Pour le conserver et le choyer, elle le rend tout simplement malade. Le second mari de Liliane et beau-père de Caroline, Haitham, de nationalité syrienne, chirurgien-assistant, avait été pour sa part soupçonné d’avoir fourni de fausses ordonnances pour l’insuline.
Bien que Caroline ait pu être sauvée, tous deux devaient comparaître aux assises pour empoisonnement. Cependant, le 4 novembre 1995, Liliane était retrouvée morte chez elle à Vitry-le-François (Marne), apparemment victime d’un suicide. Ultime coup de théâtre – alors que Moloch paraissait justement en librairie – début mai, Haitham était mis en examen et écroué, soupçonné d’avoir assassiné son épouse.
Hormis ce dernier épisode, toute l’affaire Kazkaz figure dans l’ouvrage de T. Jonquet, calquant les moindres rebondissements annotés dans le dossier d'instr’ction. Pour la forme, seuls les noms ont été modifiés : Liliane Kazkaz s’appelle Marianne Quesnel, mais est toujours aide-soignante ; Haitham Kazkaz est Saïd Benhallam, d’origine algérienne et externe en cinquième année de médecine ; Caroline se prénomme Valérie et a huit ans au lieu de neuf ; le professeur Saudubray devient Vauguenard ; le juge Nadia Lintz remplace Frédéric N’Guyen, le magistrat chargé de l’affaire Kazkaz, qui avait fait interpeller, pour l’entendre en tant que témoin dans un autre dossier


Le « plagiat » inédit d’un dossier d’instruction.

Polémique autour d’un polar à succès
Une plainte pour violation du secret vise « Moloch », le dernier roman de Thierry Jonquet

L’inspiration littéraire a-t-elle des limites ? Un roman noir à succès est depuis quelques jours entre les mains de la justice, objet de poursuites inédites qui pourraient faire jurisprudence. Le dernier ouvrage de T. Jonquet, Moloch, édité chez Gallimard dans la collection « Série noire », est visé par une plainte pour « violation du secret de l’instruction et recel », ainsi que par une assignation destinée à protéger la mémoire d’un des protagonistes reconnaissables dans le livre.
Dès sa sortie en librairie, Moloch avait aiguisé la curiosité de quelques magistrats et avocats du palais de justice de Paris. Ces dernires reconnaissaient, parmi les différentes histoires relatées dans le livre, l’affaire Kazkaz. Ce sombre dossier criminel s’était ouvert en 1990 avec des accusations lancées contre Liliane Kazkaz, soupçonnée d’empoisonner à l’insuline sa fille Caroline, aujourd’hui saine et sauve. Son second mari, Haitham Kazkaz, de nationalité syrienne, était également impliqué. Liliane avait été retrouvée morte chez elle en novembre 1995, un mois avant sa comparution aux assises. Après avoir retenu le suicide, la justice soupçonnait Haitham de l’avoir assassinée. Début mai, il était ainsi mis en examen par un juge de Chalons-en-Champagne (Marne).
Les similitudes troublantes entre le dossier d’instruction, conduit jusqu’en avril 1992 par le juge Frédéric N’Guyen, et le roman n’ont pas échappé à Me


Un romancier accusé de violation du secret de l’instruction

Livres Hebdo, vendredi 26 juin 1998
Gallimard et Thierry Jonquet viennent d’être assignés pour « atteinte à la mémoire » de Liliane Kazkaz et pour « violation du secret de l’instruction ».

Un romancier assigné pour « violation du secret de l’instruction », l’affaire n’est pas banale. Thierry Jonquet, qui a publié en mars dernier en « Série noire » Moloch, vient en effet d’être assigné pour ce motif par les parents de Liliane Kazkaz, décédée en novembre 1995. Ceux-ci assignent parallèlement l’auteur et son éditeur Gallimard pour « atteinte à la mémoire » de leur fille.
Soupçonnée d’avoir tenté d’empoisonner sa fille, Liliane Kazkaz était morte avant sa comparution devant la justice et son second mari a été mis en examen. Centré sur l’enfance outragée, l’ouvrage de Thierry Jonquet s’inspire de plusieurs faits divers, dont différentes histoires de pédophilie. En intrigue secondaire, il évoque le syndrome psychiatrique qui conduit une femme à rendre son enfant malade pour pouvoir le soigner, et auquel s’apparente « l’affaire Kazkaz ».


Le droit de la fiction en jeu dans l’affaire « Moloch »

Livres Hebdo n° 364, vendredi 14 janvier 2000, p. 46

Pour Me Merlet qui défend Thierry Jonquet et son éditeur Gallimard, Marianne Quesnel est bien un personnage de roman et tout rapprochement avec la presonne réelle de Liliane Kazkaz est parfaitement improbable. Après la parution en 1998 de Moloch en « Série noire » chez Gallimard, Thierry Jonquet avait été assigné par les parents de Liliane Kazkaz pour « atteinte à la mémoire » de leur fille et pour atteinte au secret de l’instruction. Ils demandaient 500 000 F de dommages-intérêts. Dans le livre, dont les ventes dépassent aujourd’hui 50 000 exemplaires, le romancier aborde plus particulièrement l’enfance maltraitée à travers trois enquêtes entrecroisées menées par les personnages déjà mis en scène dans Les Orpailleurs. L’une de ces enquêtes le conduit à évoquer le syndrome de Münchausen par procuration dont a été accusée, peu de temps avant la parution du livre, Liliane Kazkaz. Soupçonnée d’avoir tenté d’empoisonner sa fille, celle-ci est morte un mois avant sa comparution devant la justice. L'’ffaire demeure toujours pendante. Pour les parents de Liliane Kazkaz et leur défenseur Me Pierre-Olivier Sur, Thierry Jonquet a eu accès au dossier d’instruction et s’est inspiré très directement du cas de Liliane Kazkaz. Pour Me Merlet au contraire, le romancier a construit son presonnage en utilisant les caractéristiques communes aux malades atteints du syndrome de Münchausen par procuration. Jugement le 7 février.


« Moloch », le polar de Thierry Jonquet n’est pas condamnable

Le TGI de Paris rappelle le droit des artistes à s’inspirer de faits réels

L’écrivain T. Jonquet n’a pas porté atteinte à la mémoire de Liliane Preud’homme. Le TGI de Paris a débouté, lundi 7 février 2000, les parents de la jeune fille, qui reprochaient au romancier de s’être inspiré de l’histoire de celle-ci dans son livre Moloch. Par cette décision, les magistrats rappellent non seulement les facultés des artistes à s’inspirer de la réalité mais aussi à la déformer.
Publié en 1998 dans la Série noire, le roman incriminé relate l’histoire d’une mère souffrant du syndrome de Münchausen par procuration, une pathologie psychiatrique conduisant des parents à provoquer une maladie chez leur enfant afin de le maintenir sous dépendance psychologique et éviter son éloignement progressif. Le personnage de Jonquet, Mariane Quesnel, injecte de l’insuline à sa fille, provoquant une opération injustifiée.
Dans son jugement, le tribunal présidé par Mariane Ract-Madoux, estime « incontestable » le fait que T. Jonquet se soit inspiré de l’histoire de la jeune Caroline Pierini et des comportements reprochés à Liliane Preud’homme ». Comme dans le livre, la fille de Liliane Preud’homme, âgée de huit ans, avait reçu des injections d’insuline. Comme dans le livre, encore, elle avait subi une ablation partielle du pancréas. Comme dans le livre enfin, les parents sont issus du milieu médical et multiplient les examens inutiles.
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